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Pourquoi y a-t-il très peu de dyslexie en Corée ?

L’écriture coréenne (cf le hangeul/wikipedia ) est une écriture alphabétique et syllabique.

L’écriture coréenne est très récente et moderne. Le plus remarquable est son efficacité.

Structure de l’écriture

Le hangeul utilise un alphabet et un système syllabique : la phrase s’écrit horizontalement de gauche à droite, les mots sont séparés par des espaces, les mots sont découpés en syllabes (jusque-là tout va bien …), mais les syllabes sont écrites avec des lettres disposées verticalement et en bloc.

Chaque syllabe est ainsi constituée d’une Consonne-Voyelle (CV) ou Consonne-Voyelle-Consonne (CVC).

Ainsi, Samsung s’écrit en coréen :

que l’on pourrait transcrire approximativement ainsi (en français):

Cette méthode d’écriture présente plusieurs avantages considérables :

  1. La séparation des syllabes est immédiate (on retrouve ces disposition dans les livres d’apprentissage de la lecture du français aux enfants)
  2. La prononciation des syllabes est régulière et découle d’une logique indéfectible.
  3. L’apprentissage de la lecture est donc non seulement extrêmement rapide, mais le problème majeur de l’écriture linéaire est levé : les syllabes sont individualisées, leur lecture aisée donne directement le mot correct.

La transparence de l’écriture hangeul et du coréen

La notion de transparence d’une langue est une mesure de la qualité de l’association ‘son’ <==> ‘codage écrit’ : celle-ci doit être simple et parfaitement bijective et il n’y a qu’une interprétation (on prononce comme c’est écrit et réciproquement).

L’écriture coréenne illustre à l’extrême la notion de qualité de transparence de l’écriture.

Le français (et l’anglais) est à l’extrême opposé de ce principe  (cf par exemple cette vidéo), avec son alphabet complexe, ses accents, et ses liaisons. Non seulement la séparation des syllabes est difficile mais le son de la syllabe dépend du contexte (cf le mot « chercher »). D’où les difficultés de nombreux enfants français (et anglais) à la lecture de l’écriture.

Le résultat est impressionnant :

  • Les enfants coréens apprennent à lire un an avant les enfants français en moyenne.
  • La dyslexie est un phénomène quasi-inconnu en Corée.
  • La notion de dictée pour l’orthographe est simplissime
  • L’enseignement peut se consacrer uniquement à l’apprentissage de connaissances.

Ceci conduit à une grande efficacité de l’enseignement et aussi de l’économie que nous constatons aujourd’hui.

Une histoire très mouvementée

Au-delà des caractéristiques techniques, l’histoire du hangeul est tellement inhabituelle et mouvementée qu’elle vaut la peine d’être contée.

En 1392, la Corée sort d’une période troublée et complexe de 150 ans d’occupations successives mongole et chinoise. Elle utilise alors l’écriture chinoise, dont l’accès était réservé aux lettrés, ce qui ne permet pas au peuple de lire les édits royaux. Le roi Sejong le Grand invente l’écriture Hangeul vers 1443 pour favoriser l’alphabétisation du peuple puis la promulgue en 1446. Bien plus tard, n’ayant pu avoir d’enfants de sa première épouse, il se remarie et a un fils Yeonsangun. Sa nouvelle épouse, ayant une idée très possessive du roi, fait exécuter les autres concubines. Mais ce dernier, le découvrant, l’exile puis la fait empoisonner.

Quelques années plus tard, vers 1494, à la mort de son père, Yeonsangun monte sur le trône, et commence à éliminer l’ancien entourage paternel. Puis il fait transformer l’université royale en palais de plaisirs personnels, et démolit les habitations de 20 000 personnes pour en faire un terrain de chasse. Lorsqu’il apprend les circonstances du décès de sa mère, son autoritarisme empire et il se met à régner par la force et la terreur. La protestation gagne le peuple, qui l’insulte et se moque de lui avec des panneaux et affiches écrits en Hangeul. Ceci le met dans une grande de fureur et il bannit l’écriture Hangeul en 1504, à peine 60 après sa création. Le despote sanguinaire est enfin démis de ses fonctions deux ans plus tard par une conspiration, sans regrets pour personne ! Passons 400 ans d’histoire complexe, où la Corée est successivement occupée à des titres divers par la chinois et les mongols, et enfin les japonais. C’est alors en 1894 que l’écriture est de nouveau remise en usage, sous l’impulsion des occupants japonais, pour remplacer l’écriture et la langue chinoise. Mais cette écriture est à nouveau interdite durant l’occupation japonaise de 1920 à 1945, mais utilisée par les coréens comme acte de résistance.

Ce n’est qu’en 1945 après la fin de la 2ème guerre mondiale et la libération du pays qu’elle peut être enfin généralisée et permettre à la Corée de devenir le pays avec le plus haut d’alphabétisation du monde.

Enfin la Corée fête son alphabet par un jour national férié le 9 octobre!

L’écriture coréenne est-elle transposable au français ?

Le hangeul est parfaitement adapté à la langue coréenne. Le français a des sonorités plus complexes (plus de consonnes, les accents), des liaisons entre mots. Comme en allemand, il y a parfois des successions de consonnes ou de voyelles (ex « Christian ») qui ne permettent pas l’utilisation du hangeul en l’état. Enfin dans la culture française, les mots sont des marqueurs étymologiques et l’orthographe complexe un marqueur intellectuel… Le français reste une langue et un système d’écriture complexe. (cf video ici)

Il faudrait ensuite revoir tous les logiciels de traitements de textes, les livres, l’enseignement … Un défi majeur !

 

Pour aller plus loin

l’alphabet coréen : hangeul